Vendredi, midi : le Bistro 13, au 34, rue de la Glacière, Paris 13ème, se remplit. Le petit restaurant reçoit chaque jour une clientèle d’habitants du quartier mais aussi de personne de passage, attirées par son charme détendu. Dans cette ambiance chaleureuse sont installées des œuvres abstraites et non figuratives de Georgia Cuby, plus connue sous son pseudonyme d’artiste de Zia. Elles sont placées dans l’ameublement du restaurant, au milieu des tables.
Il s’agit de quatre grandes toiles peintes avec l’huile de format carré, ainsi que de deux toiles un peu plus petites, de format verticale. Sont également exposés plusieurs petits travaux de peinture acrylique.
La plupart des œuvres captivantes sont accrochées au mur naturel construit de pierres couleur sable. Ce contraste simple crée un effet intéressant qui attire l’attention du spectateur.
Les travaux ne sont ni éclairés ni accrochés de façon particulière. Ils sont installés autour d’un écran plat et à côté d’un grand miroir. Celui-ci donne l’illusion d’un espace plus grand grâce aux reflets. Cela crée un effet favorable, parce que les œuvres sont à voir en double. C’est l’espace disponible qui a décidé de l’installation. La mise en scène des œuvres n’est toutefois pas arbitraire, elle facilite au contraire l’approche physique et mentale du spectateur. Il n’y a pas une ambiance lourde et “pseudo-intellectuelle” comme c’est parfois le cas au musée. Accessible à tout le monde,  l’exposition souligne l’unicité de cette œuvre.  Qu’on voit les œuvres en déjeunant ou juste en passant, c’est de l’art pour tous.

Les couleurs utilisées sont le noir, le blanc, les trois couleurs primaires et le gris. Cette palette peut sembler trop simple et limitée, mais leur mélange d’une harmonie presque parfaite et leur application épaisse les rend captivantes.
Zia sait faire vivre les couleurs. C’est en utilisant des différentes matières que l’artiste travaille les couleurs et la surface de la toile. Les couleurs ne sont pas mélangées entre eux, sauf pour le gris. Elles sont mêlées avec du sable, des pierres et du papier. Cette rencontre des matières crée un ensemble mystérieux. L’artiste fait naître un nouveau relief de la toile, ce qui est renforcé par l’application de la couleur de l’huile avec un couteau.

« Une toile n'est pas seulement un support pour les couleurs, c'est aussi un lieu d'échange et de rencontres pour les matières, c'est également un terrain de jeu extraordinaire pour les couleurs », explique l’artiste.
Marquant est l’emploi de la poudre d’or, dont le spectateur ne s’aperçoit qu’en observant les œuvres de plus près. Cette poudre fait briller les couleurs et évoque les contes de fées, cet univers fascinant et intangible. Cela rend les œuvres magiques.

Les petites œuvres de couleur acrylique au format de cartes postales sont un peu cachées derrière leurs cadres. Mais ceux qui ont envie de les découvrir le peuvent, ne serait-ce qu’en levant leur tête pendant le déjeuner. Elles sont encastrées dans un passe-partout neutre et montrent toujours le même motif : une barre horizontale, soit en noir sur blanc ou l’inverse.

Une série de quatre images au format horizontal et DinA4 est installée à côté de la porte d’entrée en verre. Les images montrent la barre noire rehaussée d’or - une caractéristique de Zia - et des taches fluides rouges. Elles rappellent la végétation.

La toile au milieu de la série des grandes images carrées est peinte avec un rouge fort qui sert de fond aux différentes formes anguleuses colorées peintes en dessous.
Il s’agit d’un jeu de verticales et d’horizontales dont la sensation statique est dispersée par la cohabitation des couleurs à l’intérieur des petites surfaces.
Cette toile est entourée par deux œuvres de même format mais de couleur moins forte.
La combinaison du noir et du blanc, accentuée avec du rouge et du jaune, évoque la moisissure. La manière fluide et naturelle avec laquelle la couleur est appliquée sur le carré blanc renforce cette impression. L’image ressemble à un processus de régénération, une transition du vivant au mort (ou bien l’inverse). La matière semble bouger et se transformer. En outre, la poudre d’or donne un effet mystérieux et précieux à la toile comme la vie elle-même.

Une des œuvres les plus fascinantes est « l’horizon », une toile en hauteur accrochée au mur noir verni à l’entrée des toilettes. Malheureusement, aucun titre n’y est affiché, ce qui prive le spectateur de la possibilité de réfléchir à la contradiction entre le titre et ce qu’il voit sur la toile.
Le fond rouge puissant de l’image crée un contraste fort avec son support noir. Une horloge classique de forme ronde est placée au dessous de la toile, ce qui renforce son format vertical.


Au milieu de ce fond se trouve une bande noire verticale, souvent vue dans les travaux de Zia avec des accents jaunes. On a l’impression que la toile a une déchirure par laquelle la couleur noire jaillit de l’intérieur. Comme une masse de matière qui se cristallise. Le spectateur ressent une vibration forte.
C’est aussi l’impression dégagée par cette exposition dans son ensemble. Une vibration, un frémissement pour tous ceux qui ont envie de chercher et de découvrir de l’art contemporain dans un endroit nouveau et inhabituel.

Johanna Bilitza, Avril 2009

Retour aux actualités de Zia